Quand le patrimoine est source de controverses
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La force du symbole.

 

Il est difficile de ne pas remarquer la place de la symbolique du patrimoine au sein des relations internationales au travers le cas du Cambodge et de ces deux exemples.

Le site d’Angkor est l’emblème même du Cambodge au point d’être présent sur le drapeau national depuis 1863 [1]. C’est d’ailleurs le seul monument présent sur un drapeau national. Au-delà, il symbolise l’histoire du pays, par la représentation de la civilisation khmère. Sa restauration prend un sens plus important car un parallèle est établi entre la restauration d’Angkor et la reconstruction du pays après les trente années de guerre qui ont ravagé autant les temples que la structure du pays. Du point de vue des relations internationales, la restauration d’Angkor par la coopération peut être considérée comme l’aboutissement du projet initial de l’UNESCO vis-à-vis du patrimoine, concrétisant de fait l’objectif de l’ONU, de développer les relations entre les États. Cette réussite est telle que la restauration et le mode de gestion d’Angkor sont utilisés comme un modèle dans de nombreux pays. Si l’importance du symbolisme a permis de sauvegarder Angkor, c’est aussi ce qui fait souffrir le temple de Preah Vihear puisqu’au-delà de la dispute frontalière, le conflit repose sur ce que représente le patrimoine. La patrimonialisation est indéniablement un fait sociétal : c’est la société qui choisit de protéger ou non un site ou un objet. Le choix d’accorder sa reconnaissance à des éléments patrimoniaux témoigne de ce qu’ils représentent, à l’image du passé auquel ils renvoient. En effet, le conflit entre la Thaïlande et le Cambodge a repris véritablement au moment où les autorités khmères ont demandé l’inscription de ce lieu sur la liste du Patrimoine Mondial. De fait, la question du temple est très symbolique : pour le Cambodge, il représente la grandeur de la civilisation khmère ; pour la Thaïlande, la reconnaissance internationale du site sous les couleurs cambodgiennes ne répond pas à ce que le temple représente pour eux, à savoir la domination siamoise sur le Cambodge. Si le contentieux prend la forme d’une dispute frontalière, le fond du problème se situe dans l’acte de la patrimonialisation.

Ces deux exemples montrent bien la force symbolique du patrimoine, et la manière dont elle agit sur les relations internationales. Le patrimoine semble alors être autant un outil de solidarité qu’un substrat à des revendications belliqueuses.


[1] Au cours des différents régimes politiques qu’a connus le Cambodge, le drapeau a changé à de nombreuses reprises, mais le symbole d’Angkor y figure toujours, sauf durant la domination japonaise en 1945 et durant la période de l’APRONUC de 1991 à 1993.