Quand le patrimoine est source de controverses
Random header image... Refresh for more!

Angkor, cité de la coopération.

 

Le site d’Angkor est, selon le centre du patrimoine mondial, une réussite pour sa restauration. Cette dernière est principalement due à un véritable effort collectif des différents pays opérant dans le cadre de la coopération internationale. Avant de se concentrer sur les moyens mis en œuvres pour la sauvegarde et la mise en valeur du site, il convient de s’intéresser aux dangers auxquels était confronté le complexe monumental.

I – Un site en danger

La cité d’Angkor a beaucoup plus souffert du dernier siècle que de sa période d’abandon. En effet, même si la jungle luxuriante avait envahi le site, après sa redécouverte par le français Henri Mouhot en 1863, le site est étudié puis dégagé et réhabilité par les archéologues. Il bénéficie par la suite d’un programme de conservation important comme en témoigne la création d’un organe dédié à cette tâche, la Conservation d’Angkor, mise en place par la France. Les activités de la Conservation se poursuivent après l’indépendance du pays, mais sont considérablement réduites dès le début des années soixante-dix. Très vite, la présence militaire dans la région rend impossible l’accès aux sites archéologiques et, en 1973, le programme de recherches, de conservation et de restauration fut abandonné. Avec l’arrivée des Khmers rouges en avril 1975, les éléments vivants de la religion bouddhique – monastères, statues du Bouddha, manuscrits et autres objets de culte – furent sciemment détruits, mais les Khmers rouges n’eurent pas de politique particulière quant au riche patrimoine archéologique de cette province. L’indifférence semble avoir été une règle générale. Néanmoins, le patrimoine angkorien ne sortit pas indemne de cette période : de nombreuses statues en pierre furent détruites à l’explosif, et plusieurs statues en bois servirent de combustible. Les infrastructures hydrauliques de l’époque d’Angkor sont celles qui souffrirent le plus. De grandioses et ostensibles projets d’ingénierie, entrepris sous la forme de travaux forcés, avec pour objectif d’augmenter les capacités d’irrigation, se sont révélés inefficaces et parfois même contre-productifs, perturbant plutôt qu’améliorant le système hydraulique d’avant-guerre, basé en partie sur les structures angkoriennes. Mais l’essentiel des dommages pour le complexe monumental vient à la suite du régime des Khmers rouges. En effet, lorsque l’armée vietnamienne prend le contrôle de la région de Siem Reap, en 1979, elle participe aussi à la destruction du site. Le site d’Angkor sera sous le poids d’une double menace. La première est l’importante quantité de mines antipersonnel enfouies dans le sol, notamment durant la période de guérilla succédant au Kampuchéa Démocratique. La deuxième est l’intensité du pillage des temples khmers durant les années 1980 et 1990. En effet, les conséquences de trente années de guerre civile (pauvreté, abondance d’armes, insécurité généralisée par les changements de régime successifs) facilitent la mise en place d’un réseau international de trafic d’art khmer. L’importance du trafic est telle que l’on peut parler d’industrie organisée. Aussi lors de l’occupation vietnamienne, des locaux de la Conservation d’Angkor sont utilisés à des fins diverses : stockage de riz, de sel et d’autres types de provisions. Les œuvres qui étaient jusque-là conservées dans les dépôts sont installées dans la cour, où elles sont fatalement l’objet de pillages. À la suite des accords de Paris et le rétablissement d’une monarchie parlementaire, en 1991, le Roi Norodom Sihanouk a lancé un appel à l’UNESCO pour la sauvegarde du site. Dès lors, la communauté internationale se mobilise pour lutter contre les menaces qui pèsent sur le site.

Illustrations des différents dommages de sites

Dommage lié à la végétation

© Rob Jagnow  2007 (http://www.robjagnow.com/travel/cambodia05/index.html)

Statue détruite par le pillage.

© Andrew Burke

Impact de balle sur une statue

source  http://freshlook.fr/vietnam/?p=344

II – La sauvegarde du site

Parallèlement à l’appel lancé à l’UNESCO, en 1991, le roi Norodom Sihanouk signe les instruments d’accession à la Convention de 1972 sur la protection du patrimoine mondial culturel et naturel, achevant ainsi la ratification par le Cambodge des trois principales conventions internationales sur la protection des biens culturels [1]. Suite à cela, l’UNESCO effectue un double classement du site en 1992, lors de la seizième session ordinaire du Comité du Patrimoine Mondial à Santa Fe (États-Unis). En effet, il est d’abord inscrit sur la liste du patrimoine mondial puis sur la liste du patrimoine mondial en péril. Cette inscription comportait un véritable caractère exceptionnel en raison d’une part de l’importance historique du site d’Angkor et d’autre part de la situation du Cambodge, comme en témoigne le texte de la décision prise, alors, par le Comité du Patrimoine Mondial :

« Compte tenu de la situation très particulière du Cambodge, placé depuis les Accords de Paris, en octobre 1991, sous l’administration provisoire des Nations Unies, le Comité décide de renoncer à certaines conditions requises par les orientations devant guider la mise en œuvre de la Convention du patrimoine mondial et sur la base des critères (i), (ii), (iii), et (iv) inscrit le site d’Angkor […] sur la Liste du patrimoine mondial »

L’inscription sur ces listes est alors conditionnée à l’obligation, pour le gouvernement royal, de prendre des mesures en vue de protéger le site et d’adopter des lois pour la protection des biens culturels. Aussi, moins d’un an après l’inscription du site sur la Liste du patrimoine mondial, la première Conférence intergouvernementale pour la sauvegarde et le développement du site d’Angkor se tenait à Tokyo les 12 et 13 octobre 1993. Cette conférence aboutit à l’adoption de la « Déclaration de Tokyo » comme texte fondateur définissant l’esprit, le cadre et les modalités de l’aide internationale. De plus, cette conférence a véritablement lancé le programme international en faveur du site d’Angkor. En effet, trois mois seulement après la Conférence, fut créé le Comité intergouvernemental de Coordination pour la sauvegarde et le développement du site historique d’Angkor (CIC), qui s’est réuni pour la première fois les 22 et 23 décembre 1993 à Phnom Penh, sous la coprésidence de la France et du Japon, et dont le secrétariat était assuré par l’UNESCO.

Le Gouvernement Royal du Cambodge et la communauté internationale s’étaient alors fixé trois objectifs majeurs :

– Mobiliser la communauté internationale autour de la sauvegarde et du développement du site éco-historique d’Angkor ;
– Remplir les cinq conditions [2] posées par le Comité du Patrimoine Mondial lors de l’inscription du site sur la Liste du Patrimoine Mondial ;
– Mettre en œuvre un plan de sauvegarde ambitieux : le plan quinquennal d’urgence présenté par les autorités cambodgiennes lors de la première réunion du Comité Intergouvernemental de Coordination ;

Au terme d’une décennie, le bilan des actions engagées à la suite de la conférence de Tokyo est un succès puisque la majorité des objectifs ont été atteints.

En effet, la mobilisation internationale a véritablement fonctionné puisque pas moins de vingt pays ont répondu à l’appel, en plus des organisations internationales et des partenaires privés. Cette réponse collective a eu un important impact notamment sur le plan financier puisque cela a rapporté en moyenne l’équivalent de cinq millions de dollars américains par an. Au-delà de l’aspect financier, c’est plus d’une trentaine d’acteurs internationaux qui ont participé activement à la sauvegarde et au développement du site dans de nombreux domaines allant de l’appui institutionnel à la formation de personnel en passant par la restauration et la mise en valeur des monuments.

Sur le deuxième objectif, les autorités cambodgiennes sont parvenues à répondre à l’ensemble des conditions en trois ans. Si la mise en place du Comité intergouvernemental de Coordination en décembre 1993 a été un élément important, il ne répondait qu’à une seule des conditions, l’établissement de la surveillance et de la coordination de l’effort international de conservation, imposé par l’UNESCO lors de l’inscription. L’adoption du Décret royal sur le zonage de la région de Siem Reap/Angkor, le 28 mai 1994 et la promulgation de la loi sur la protection du patrimoine culturel national, élaborée avec le soutien de l’UNESCO (et dont le dernier sous-décret d’application est entré en vigueur le 18 septembre 2002) ont permis de répondre à trois conditions de plus. L’élément le plus remarquable fut cependant la création par décret, le 19 février 1995, d’un établissement public national chargé de la gestion du site, permettant d’apporter un cadre institutionnel et ainsi de répondre aux cinq conditions initiales. Cet établissement dénommé « Autorité pour la Protection du Site et l’Aménagement de la région d’Angkor » est plus connu sous le nom d’Autorité APSARA, dont l’acronyme correspond aussi au nom donné, dans la mythologie des Khmers indiens, aux demi-déesses ressemblant à des nymphes à la beauté séduisante.

La mise en place du plan de sauvegarde est probablement l’objectif le plus complexe. Le principe adopté pour y parvenir a été celui de l’approche transdisciplinaire basée sur les conclusions du projet « Plan de Zonage et de Gestion de l’Environnement » (ZEMP). Ce projet, créant des limites permanentes de protection ainsi qu’une zone tampon autour des zones monumentales, garantie la protection des monuments, mais aussi leur environnement immédiat, permettant de faire face au danger d’un développement urbain incontrôlé. Le plan de sauvegarde, qui comprend ainsi huit secteurs d’interventions [3] servant de trame à l’ensemble du projet international d’Angkor, a permis une vision originale du site. Ce dernier est alors perçu autant comme un site culturel majeur, comptant une quarantaine de monuments principaux, mais aussi comme un espace naturel exceptionnel et enfin comme un lieu de vie.

Les 14 et 15 novembre 2003, une deuxième conférence intergouvernementale s’est tenue à Paris et a donné lieu à l’adoption d’une déclaration. Si la première décennie (1993-2003) était placée sous le signe de la sauvegarde, les objectifs de la « déclaration de Paris » se placent sous le signe du développement durable et de la lutte contre la pauvreté. En conséquence des efforts menés pour la sauvegarde du site, l’UNESCO a retiré le site en 2004 de la liste du patrimoine mondial en péril. Le site est alors allé enrichir la liste des belles réussites [4] du Comité du patrimoine Mondial. 

Cette réussite n’ayant pu avoir lieu sans la coopération internationale, il est intéressant d’étudier l’exemple d’une de ces coopérations. Le choix se porte ici, sur l’action de la France dans la sauvegarde et la restauration du site d’Angkor, en raison de l’importance de son rôle.

 

III – L’exemple de la coopération française

La place de la France dans l’effort international pour la sauvegarde d’Angkor peut être considérée comme essentielle, tout comme celle du Japon [5], puisque ces deux pays ont présidé la première conférence intergouvernementale pour la sauvegarde et le développement du site d’Angkor à Tokyo en 1993.

L’implication de la France dans ce programme s’explique notamment par son expertise dans l’archéologie khmère. Cette dernière découle de l’époque de la colonisation. Le Cambodge ayant été un protectorat français intégré à l’Indochine française, son patrimoine était largement étudié par la Mission archéologique en Indochine qui deviendra l’École française d’Extrême Orient (EFEO). Créée en 1900 sous la double impulsion des orientalistes de l’Académie des inscriptions et belles-lettres et du gouvernement général de l’Indochine, l’EFEO avait une double vocation. Elle avait pour but non seulement d’inciter les chercheurs à séjourner sur le terrain en Asie, de la même manière que ce qui se faisait à l’École française de Rome ou d’Athènes, mais également de prendre en charge l’inventaire et la préservation du patrimoine culturel indochinois. Installée en 1902 à Hanoï, elle avait pour missions scientifiques principales l’exploration archéologique, la collecte de manuscrits, la conservation des monuments, l’inventaire ethnographique des groupes ethniques, l’étude du patrimoine linguistique, ainsi que l’histoire de toutes les civilisations asiatiques. En 1907, l’EFEO reçoit la charge de la conservation du site monumental d’Angkor et créé la Conservation d’Angkor en 1908. À l’heure de l’indépendance du Cambodge, l’EFEO reste en charge de la gestion scientifique et technique du site, à la demande du gouvernement royal khmer. Cela est lié au fait que si les résultats des travaux de l’EFEO étaient communiqués à un public spécialisé, il n’y eut jamais de formations dispensées à des Cambodgiens, tant en conservation qu’en civilisation angkorienne. De fait, lors de l’indépendance, le pays se trouvait sans cadres compétents dans ce domaine. Ce n’est qu’en 1965, avec la création de l’Université Royale des Beaux-arts, que débute la formation de personnel dans le domaine de l’archéologie avec pour objectif de transférer la gestion aux Cambodgiens du patrimoine culturel. En 1975, l’EFEO doit quitter le Cambodge et n’y reviendra qu’en 1990. Dès leur retour, les chercheurs français se sont attachés à poursuivre les chantiers de restauration du Baphûon et des Terrasses royales d’Angkor Thom, laissées à l’abandon depuis 1971. La disparition des archives du chantier en 1975 et l’étendue du champ de dépose en font un des chantiers les plus difficiles de l’espace angkorien.

Les campagnes de restaurations ont commencé par celles de la Terrasse du Roi Lépreux, menées de 1993 à 1996, suivi par la restauration du perron Nord de la Terrasse des Éléphants de 1996 à 1999. De plus, en 1995, le chantier du temple du Baphûon a été rouvert.

Le Baphûon [6]

 

Ce temple-montagne, dédié au culte du Linga, est l’un des plus grands édifices religieux du XIe siècle. Implanté au cœur de la cité d’Angkor Thom, dans la partie méridionale du Palais royal, il est constitué d’une structure pyramidale à trois étages, surmontée de galeries. Il fut probablement l’un des édifices majeurs autour duquel se construisit la ville angkorienne au cours du siècle, précédant la construction de l’enceinte d’Angkor Thom et de ses cinq portes monumentales. Pour ce projet, conduit dans le cadre de l’action coordonnée par le CIC, la maîtrise d’œuvre est confiée à l’École française d’Extrême-Orient. Le financement provient du ministère français des Affaires étrangères et européennes, en partenariat avec l’Autorité APSARA. Ce projet a pour objectif de consolider les trois étages de la pyramide et de restaurer les éléments clés de la façade (soubassement, galeries et sanctuaires d’axes). L’achèvement de ce chantier permettra une lecture plus ample du monument puisqu’il prévoit de restaurer des éléments de deux périodes différentes de l’Empire khmer, soit une pyramide du XIe siècle et un Bouddha gisant du XVIe siècle.

Plan d’Angkor Thom

La restauration de ces monuments s’inscrit véritablement dans le cadre de la coopération, car ces chantiers participent aussi à la formation de personnels cambodgiens aux métiers de la restauration monumentale, d’archéologues, d’architectes, de tailleurs de pierre, de maçons et charpentiers.

Mais la coopération de la France ne s’est pas limitée au programme de restauration mise en place par l’EFEO. En effet, présente dès l’appel du roi Norodom Sihanouk, elle a participé à la constitution du dossier d’inscription du site d’Angkor sur la liste du patrimoine mondial. De par sa place de coprésidente du CIC, la France a aussi participé à l’assistance technique à la Conservation d’Angkor depuis 1994, puis à la mise en place de l’Autorité APSARA. Sur le plan de la sécurité du site, l’effort a porté sur la participation au programme du déminage de la province de Siem Reap de 1992 à 1996 ainsi que la création d’une police patrimoniale afin de lutter contre le pillage en 1994. Enfin, un effort a aussi été effectué sur le plan de la conservation et la restauration avec la création en 1998 d’un atelier de restauration de la statuaire lapidaire au Musée de Phnom Penh. Depuis le début des années 2000, la France a mis en place deux Fonds de Solidarité Prioritaire (FSP). Le premier, intitulé « Site d’Angkor – Patrimoine et développement » et d’un montant de 2 937 368 €, s’est achevé au 31 décembre 2004. Il permit de coordonner les actions des ministères des Affaires étrangères, de la Recherche, de la Culture, et de l’Intérieur. Ces actions concernaient autant le financement et la poursuite de la restauration du Baphûon, que l’appui institutionnel à l’APSARA, ou encore la réalisation de la carte archéologique d’Angkor Thom, de l’inventaire archéologique des objets d’art Khmer, et du renforcement de la police du patrimoine. Faisant suite au premier, un second FSP d’un montant de 2 750 000 € et intitulé « Patrimoine angkorien et développement durable » avait pour projet de permettre la poursuite des travaux de restauration du Baphûon, de l’appui institutionnel à l’Autorité APSARA, mais aussi la création d’un centre de formation spécialisé de conservateurs du patrimoine, la modernisation du Musée National de Phnom Penh et le développement de l’atelier de restauration de ce Musée.

S’il est encore trop tôt pour faire le bilan du deuxième FSP qui s’est achevé en 2009, il est important de noter que la coopération française à la sauvegarde du patrimoine d’Angkor continue. En 2006, un document-cadre de partenariat [7] (DCP) a été mis en place sur la période 2006-2010 et comporte un volet sur la sauvegarde et la promotion du patrimoine cambodgien.

La sauvegarde de la cité Angkor est considérée comme une réussite. Et si la coopération de la France est importante, il ne faut pas oublier qu’il s’agit d’un effort international. Désormais, les problèmes les plus graves de ce site emblématique de la culture khmère ont été résolus grâce à l’effort de la communauté internationale. Ainsi, en plus de la centaine de projets de restauration et de développement menés à bien, il est important de noter que les efforts fournis à la sécurité du site ont participé à une considérable diminution du poids des deux principales menaces à défaut de les éliminer. Ces efforts ont permis la neutralisation de plus de 25 000 mines antipersonnel et la destruction de 80 000 munitions explosives. De plus, la création d’une police du patrimoine, ainsi que l’inventaire minutieux des biens culturels et des campagnes de sensibilisation pour éviter l’achat d’objets volés, ont permis d’empêcher le pillage culturel dans le périmètre protégé. Selon les mots du Roi Norodom Sihanouk : « Angkor n’est plus en péril, mais en voie de connaître la prospérité »

Mais si le cas d’Angkor illustre parfaitement l’efficacité d’une initiative conjointe quand il s’agit de préserver un site du patrimoine mondial, il ne reflète qu’un aspect de la place du patrimoine au sein des relations internationales. Le patrimoine étant parfois au cœur de conflit comme l’illustre le cas du temple de Preah Vihear.

 


 

[1] Les deux autres conventions sont la Convention de La Haye de 1954 pour la protection des biens culturels en cas de conflit armé et la Convention de 1970 concernant les mesures à prendre pour interdire et empêcher l’importation, l’exportation et le transfert de propriétés illicites des biens culturels

[2] Il s’agissait de mettre en place une législation de protection, d’établir une agence nationale de protection ayant du personnel adéquat, d’établir les limites permanentes au site basées sur le projet du PNUD, de définir des zones tampons significatives et de veiller à la mise en place de la surveillance et de la coordination de l’effort international de conservation. 

[3] Ces huit secteurs concernent l’établissement d’un cadre institutionnel de gestion, les programmes de recherche, les programmes de restauration, de préservation et de mise en valeur des monuments, la formation, la participation des habitants d’Angkor, le tourisme, l’aménagement urbain de la ville de Siem Reap, la mise en valeur de la province de Siem Reap.

[4] Trois autres sites ont été retirés de la liste du patrimoine mondiale en péril et figure comme belles réussites. Il s’agit de la vieille ville de Dubrovnik, en Croatie, des Mines de sel de Wieliczka, près de Cracovie, en Pologne et de La Zone de conservation de Ngorongoro, en République-Unie de Tanzanie 

[5] Le Japon est coprésident puisqu’il fut le premier pays à intervenir sur le site après la guerre civile, puisque des 1980 une mission de préservation et restauration de l’Université Sophia (Tokyo) fut mise en place.

[6] Source : Ambassade de France au Cambodge / Sauvegarde d’Angkor : restauration du temple du Baphûon [en ligne] La France au Cambodge –  http://www.ambafrance-kh.org/spip.php?article289 (page consultée le 13 août 2010)

[7] Il s’agit d’un document, cosigné avec les pays partenaires, qui définit une stratégie à suivre pendant une période de cinq ans dans le pays concerné pour tous les instruments programmables bilatéraux, et implique tous les acteurs de l’aide française

 

 

 

 

Parallèlement à l’appel lancé à l’UNESCO, en 1991, le roi Norodom Sihanouk signe les instruments d’accession à la Convention de 1972 sur la protection du patrimoine mondial culturel et naturel, achevant ainsi la ratification par le Cambodge des trois principales conventions internationales sur la protection des biens culturels [1]. Suite à cela, l’UNESCO effectue un double classement du site en 1992, lors de la seizième session ordinaire du Comité du Patrimoine Mondial à Santa Fe (États-Unis). En effet, il est d’abord inscrit sur la liste du patrimoine mondial puis sur la liste du patrimoine mondial en péril. Cette inscription comportait un véritable caractère exceptionnel en raison d’une part de l’importance historique du site d’Angkor et d’autre part de la situation du Cambodge, comme en témoigne le texte de la décision prise, alors, par le Comité du Patrimoine Mondial :

« Compte tenu de la situation très particulière du Cambodge, placé depuis les Accords de Paris, en octobre 1991, sous l’administration provisoire des Nations Unies, le Comité décide de renoncer à certaines conditions requises par les orientations devant guider la mise en œuvre de la Convention du patrimoine mondial et sur la base des critères (i), (ii), (iii), et (iv) inscrit le site d’Angkor […] sur la Liste du patrimoine mondial »

L’inscription sur ces listes est alors conditionnée à l’obligation, pour le gouvernement royal, de prendre des mesures en vue de protéger le site et d’adopter des lois pour la protection des biens culturels. Aussi, moins d’un an après l’inscription du site sur la Liste du patrimoine mondial, la première Conférence intergouvernementale pour la sauvegarde et le développement du site d’Angkor se tenait à Tokyo les 12 et 13 octobre 1993. Cette conférence aboutit à l’adoption de la « Déclaration de Tokyo » comme texte fondateur définissant l’esprit, le cadre et les modalités de l’aide internationale. De plus, cette conférence a véritablement lancé le programme international en faveur du site d’Angkor. En effet, trois mois seulement après la Conférence, fut créé le Comité intergouvernemental de Coordination pour la sauvegarde et le développement du site historique d’Angkor (CIC), qui s’est réuni pour la première fois les 22 et 23 décembre 1993 à Phnom Penh, sous la coprésidence de la France et du Japon, et dont le secrétariat était assuré par l’UNESCO.

 

Le Gouvernement Royal du Cambodge et la communauté internationale s’étaient alors fixé trois objectifs majeurs :

– Mobiliser la communauté internationale autour de la sauvegarde et du développement du site éco-historique d’Angkor ;

 

– Remplir les cinq conditions[2] posées par le Comité du Patrimoine Mondial lors de l’inscription du site sur la Liste du Patrimoine Mondial ;

– Mettre en œuvre un plan de sauvegarde ambitieux : le plan quinquennal d’urgence présenté par les autorités cambodgiennes lors de la première réunion du Comité Intergouvernemental de Coordination ;

 

Au terme d’une décennie, le bilan des actions engagées à la suite de la conférence de Tokyo est un succès puisque la majorité des objectifs ont été atteints.

En effet, la mobilisation internationale a véritablement fonctionné puisque pas moins de vingt pays ont répondu à l’appel, en plus des organisations internationales et des partenaires privés. Cette réponse collective a eu un important impact notamment sur le plan financier puisque cela a rapporté en moyenne l’équivalent de cinq milliards de dollars américains par an. Au-delà de l’aspect financier, c’est plus d’une trentaine d’acteurs internationaux qui ont participé activement à la sauvegarde et au développement du site dans de nombreux domaines allant de l’appui institutionnel à la formation de personnel en passant par la restauration et la mise en valeur des monuments.

Sur le deuxième objectif, les autorités cambodgiennes sont parvenues à répondre à l’ensemble des conditions en trois ans. Si la mise en place du Comité intergouvernemental de Coordination en décembre 1993 a été un élément important, il ne répondait qu’à une seule des conditions, l’établissement de la surveillance et de la coordination de l’effort international de conservation, imposé par l’UNESCO lors de l’inscription. L’adoption du Décret royal sur le zonage de la région de Siem Reap/Angkor, le 28 mai 1994 et la promulgation de la loi sur la protection du patrimoine culturel national, élaborée avec le soutien de l’UNESCO (et dont le dernier sous-décret d’application est entré en vigueur le 18 septembre 2002) ont permis de répondre à trois conditions de plus. L’élément le plus remarquable fut cependant la création par décret, le 19 février 1995, d’un établissement public national chargé de la gestion du site, permettant d’apporter un cadre institutionnel et ainsi de répondre aux cinq conditions initiales. Cet établissement dénommé « Autorité pour la Protection du Site et l’Aménagement de la région d’Angkor » est plus connu sous le nom d’Autorité APSARA, dont l’acronyme correspond aussi au nom donné, dans la mythologie des Khmers indiens, aux demi-déesses ressemblant à des nymphes à la beauté séduisante.

La mise en place du plan de sauvegarde est probablement l’objectif le plus complexe. Le principe adopté pour y parvenir a été celui de l’approche transdisciplinaire basée sur les conclusions du projet « Plan de Zonage et de Gestion de l’Environnement » (ZEMP). Ce projet, créant des limites permanentes de protection ainsi qu’une zone tampon autour des zones monumentales, garantie la protection des monuments, mais aussi leur environnement immédiat, permettant de faire face au danger d’un développement urbain incontrôlé. Le plan de sauvegarde, qui comprend ainsi huit secteurs d’interventions[3] servant de trame à l’ensemble du projet international d’Angkor, a permis une vision originale du site. Ce dernier est alors perçu autant comme un site culturel majeur, comptant une quarantaine de monuments principaux, mais aussi comme un espace naturel exceptionnel et enfin comme un lieu de vie.