Quand le patrimoine est source de controverses
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Le patrimoine totalitaire.(*)

 

Le patrimoine est un témoignage de l’histoire, et cela comprend aussi les pages les plus sombres. Il est alors intéressant d’étudier les liens qui peuvent exister entre le patrimoine et les idéologies, et la manière par laquelle l’espace urbain peut en être marqué. Le patrimoine architectural et urbain lié aux régimes totalitaires du XXe siècle en est un parfait exemple, par la volonté de ces régimes de s’approprier l’espace urbain pour en faire un espace porteur d’un message, d’une signification qui ne peut plus avoir cours aujourd’hui.

Il sera question ici des régimes totalitaires européens du XXe siècle, dont le national-socialisme, le fascisme et le communisme. Ces régimes ont de nombreuses divergences dans l’idéologie, mais comportent les traits communs du totalitarisme. Il s’agit en effet de régimes qui renvoient à un système que l’on peut rapprocher du despotisme antique, de par le fait que le pouvoir est concentré entre les mains d’un seul homme, par l’importance du pouvoir de coercition et par son emprise sur la société et le monopole des moyens de communication. Dans l’idéologie, on peut relever quelques points communs comme le nationalisme, mais le principal est l’idée d’un homme nouveau (allant de pair avec la nouvelle société). Pour remodeler l’individu et la société, ces régimes utilisent des techniques modernes de domination, l’instrumentalisation de tous domaines permettant d’avoir la mainmise sur l’imaginaire, ce qui inclut donc l’urbanisme et l’architecture. Cependant, on trouve des contradictions notamment entre la théorisation de l’idéologie et les significations qu’ils entendent donner aux réalisations architecturales et urbaines. Ainsi, ces dernières témoignent de la recherche de la modernité et de la fonctionnalité quand bien même ces régimes rejetteraient certains aspects de la modernité puisque c’est la société moderne qui a perverti l’homme et qui a rendu nécessaire la création d’un homme nouveau.

À la chute de ces régimes, la mise en place de démocraties s’est accompagnée d’une condamnation unanime tant des idées comme des actes issus de ces périodes. De ce fait, se posa un problème important quant aux édifications de ces régimes, que faire de ces traces liées à un passé douloureux et à des idées condamnées ? Deux options s’offrent de manière générale et les deux sont autant sources de controverses. En effet, la première option est de détruire ces vestiges, mais dans ce cas c’est considérer ces sites au même titre que le régime qui les a créés. Supprimer ces marques d’un passé douloureux n’est-il pas renier une part de son passé et est-ce suffisant pour véritablement effacer le souvenir d’un régime ? La deuxième solution est de les conserver comme témoignage historique, au nom du devoir de mémoire, mais cela peut aussi donner naissance à une muséification dangereuse, offrir un mémorial, un mausolée aux nostalgiques et nourrir à nouveau l’idéologie condamnée.

La question de la patrimonialisation ou non de ces bâtiments est donc une question sensible pour les nouveaux régimes démocratiques.

Afin de pouvoir donner des éléments de réponse sur l’action à mener dans ces cas, dans un premier temps il semble important de définir ce qui est appelé architecture totalitaire par l’étude de ses caractéristiques. Puis dans un second temps, en soulevant la sensibilité de la question, l’étude portera sur les arguments en faveur de la destruction de cet héritage architectural. Avant de conclure, la question de la nécessité de la patrimonialisation et des conditions dans lesquelles elle peut se faire sera posée.

 

 

 

(*) Ce dossier est issu d’un travail co- réalisé  avec Morgane Hay.