Quand le patrimoine est source de controverses
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Category — veille patrimoine totalitaire

Article « Le journal des arts » : En Géorgie, le musée Staline va être reconverti en lieu de mémoire de la répression de l’ère soviétique.

GORI (GEORGIE) [13.04.12] – PAR CHLOÉ DA FONSECA

Dans sa ville natale, le musée dédié à Joseph Staline depuis 1937 honore et glorifie le « petit père des peuples ». Sous le patronage du ministère de la Culture géorgien, l’établissement va être transformé en un lieu de souvenir des atrocités de l’ère stalinienne dans l’ex-URSS.

Le musée Staline de Gori - © Photo : Henri Moreau - 2010 - Licence CC BY-SA 3.0

Joseph Djougachvili, plus connu sous le nom Staline (« l’homme d’acier »), est né en 1878 à Gori à 50 km de la capitale géorgienne Tbilissi. C’est dans sa petite maison natale qu’en 1937 fut créé le musée Joseph Staline : 47 000 pièces, affaires personnelles, masques funéraires, peintures héroïques et bustes en marbre, glorifient le dictateur.

Mais « cette relique surréaliste du totalitarisme soviétique » est devenu « incompatible avec le présent et l’avenir » estime Nicoloz Rouroua, ministre de la Culture géorgien. « L’histoire ne peut pas être effacée et cette page très difficile de l’histoire de notre pays doit être racontée convenablement dans ces murs » explique-t-il à l’AFP.

Une fois reconverti en mémorial de l’ère soviétique, le musée Staline proposera une vision plus objective de l’histoire et abordera, entre autres thématiques, la soviétisation de la Géorgie (envahie par l’Armée rouge en 1921) et des autres républiques annexées, les répressions qui ont fait des millions de morts, la famine planifiée en Ukraine (Holodomor) en 1932 et 1933, le pacte conclu en 1939 avec Hitler, ou encore le travail forcé dans les Goulags… Tout ce que le musée actuel omet de rappeler de l’ère stalinienne.

La reconversion du musée en un lieu de souvenir des atrocités commises sous l’ère soviétique fait partie du long processus, entamé lors de la dissolution de l’URSS en 1991 d’élimination du culte de la personnalité de Staline. Décédé en 1953, le dictateur conserve encore quelques nostalgiques et sa glorification persiste encore dans certaines régions de l’ex-URSS. A Gori notamment, terre natale du « petit père des peuples », il est celui qui a arrêté le nazisme aux portes de l’URSS et qui a transformé la région en superpuissance suite à la victoire dans la seconde Guerre mondiale.

En 2011, le musée Staline a accueilli plus de 15 000 visiteurs.

Da Fonseca Chloé

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avril 13, 2012   No Comments

Article « TV5 Monde »:Dans un entrepôt de l’ex-RDA dorment peintures de Lénine et bustes de Marx

BEESKOW (Allemagne) (AFP) – 07.02.2012 13:13

Dans un entrepôt à 90 km de Berlin, s’entassent en vrac 23.000 oeuvres d’art oubliées de la RDA, vestiges de l’art officiel communiste. Des bustes de Marx aux peintures magnifiant les « Héros du travail », l’Allemagne s’est débarrassée ici d’un héritage jugé encombrant.

Buste du philosophe allemand Karl Marx entreposé aux Archives artistiques de Beeskow, le 30 janvier 2012 à Beeskow. AFP/Archives - John Macdougall

Dans un entrepôt à 90 km de Berlin, s’entassent en vrac 23.000 oeuvres d’art oubliées de la RDA, vestiges de l’art officiel communiste. Des bustes de Marx aux peintures magnifiant les « Héros du travail », l’Allemagne s’est débarrassée ici d’un héritage jugé encombrant.

Sur les étagères de fortune d’un bâtiment vétuste où l’on stockait autrefois de la nourriture pour animaux, un tableau plus grand que les centaines d’autres attire le regard. On y distingue nettement une tache rouge sur un front dégarni qui dépasse des autres peintures. C’est Mikhaïl Gorbatchev et son angiome.

L’ancien homme d’Etat soviétique pose avec le dirigeant déchu est-allemand, Erich Honecker. Le tableau a été réalisé à l’occasion des 40 ans de la RDA, quelques semaines avant l’effondrement du Mur de Berlin et, dans son sillage, du monde communiste.

Cette oeuvre de propagande est l’une des 1.500 peintures qui remplissent l’entrepôt de Beeskow (est), du sol au plafond, sur trois étages. « Piètre qualité », juge toutefois Kristina Geisler, qui travaille pour les Archives artistiques de Beeskow, l’organisme chargé de la gestion de ces oeuvres.

L’historienne de l’art boude le kitsch socialiste et préfère évoquer les artistes est-allemands qui ont tenté de trouver leur place entre liberté et dictature. « Nous avons ici aussi des travaux de grande qualité artistiques », renchérit Ilona Weser, qui dirige les Archives.

Elle tire l’un des tiroirs où sont rangés 13.000 graphiques pour montrer des travaux de Bernhard Heisig, peintre majeur de l’époque communiste, reconnu en RDA mais aussi en RFA.

Les oeuvres de nombreux autres représentants du réalisme socialiste dorment à Beeskow, bourgade tranquille à 90 km au sud-ouest de Berlin. Certains enveloppés dans du papier bulle, d’autres posés à même le sol en linoléum. Au total, ce sont près de 2.000 dessins, 1.300 photos, 4.000 médailles et 300 bustes qui reposent dans le vacarme assourdissant provoqué par un système de climatisation vétuste.

Portrait du dirigeant communiste Vladimir Lenine entreposé aux Archives artistiques de Beeskow, le 30 janvier 2012 à Beeskow. AFP - John Macdougall

Des « Fête des mineurs » au « Paysage industriel » en passant par un « Album sur l’histoire de l’armée soviétique », ces oeuvres d’art ont couvert les murs des maisons de la Culture et Ligue de l’Amitié entre les peuples. Elles ont trôné sur les bureaux des officiers de l’Armée populaire nationale (NVA) ou des fonctionnaires du Parti de l’Unité socialiste (SED), parti au pouvoir de 1949 à 1989. Avant de disparaître emportées par la gronde des manifestants qui ont fait tomber le Mur de Berlin, le 9 novembre 1989.

On décroche alors au plus vite ces tableaux ancrés dans une idéologie politique en état de mort clinique. Peu avant la Réunification le 3 octobre 1990, le dernier ministre est-allemand de la Culture en sauve toutefois une partie en les stockant à Beeskow.

Elles tombent dans l’oubli. Pourtant, « l’art en RDA jouait un rôle particulier », défend Mme Geisler. « Il ne s’agissait pas seulement de décorer les murs. L’art reflétait l’évolution de la société et c’est aujourd’hui une source pour l’Histoire ».

Directeur adjoint de l’institut de recherches en histoire de Potsdam (ZZF), Jürgen Danyel tente depuis trois ans de recenser les oeuvres d’art de la RDA avec l’aide d’autres institutions cultuelles. « L’art agit comme un sismographe et rend visible l’érosion du pouvoir communiste dans les années 80 par exemple », souligne-t-il.

Une employée des Archives artistiques de Beeskow, le 30 janvier 2012 à Beeskow, Allemagne. AFP - John Macdougall

Mais personne ne semble vouloir s’intéresser à cet héritage. Fin 2011, l’Union européenne a rejeté un dossier de subvention pour rénover et transformer l’entrepôt.

Munies de grosses clés en métal, Kristina Geisler referme la porte de la bâtisse. Dans son grand cadre doré, Lénine, cadeau de la Tchécoslovaquie à la RDA, aujourd’hui stocké dans les escaliers, peut se rendormir tranquillement.

© 2012 AFP

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février 7, 2012   No Comments

Article « TV5 Monde »: Bulgarie: l’art des temps communistes sorti de la poussière

SOFIA (AFP) – 21.09.2011 16:28

Une énorme statue de Lénine domine des foules de bustes de dirigeants communistes et des prolétaires en bronze: le communisme est réapparu en Bulgarie, mais seulement dans un musée.

 

Un buste géant de Lénine exposé à Sofia, le 20 septembre 2011 . AFP – Nikolay Doychinov

Une énorme statue de Lénine domine des foules de bustes de dirigeants communistes et des prolétaires en bronze: le communisme est réapparu en Bulgarie, mais seulement dans un musée.

Un buste géant de Lénine exposé à Sofia, le 20 septembre 2011. AFP – Nikolay Doychinov

Deux décennies après la chute du régime communiste et le retrait des statues de propagande, des étoiles rouges, des faucilles et marteaux, ces symboles ont été époussetés pour être exposés à Sofia dans le premier Musée de l’Art socialiste de Bulgarie.

« Il était grand temps de mettre cette époque à sa place — dans un musée », a déclaré le ministre de la Culture, Vejdi Rachidov, lors de l’inauguration lundi.

Pour la plupart des visiteurs prenant des photos et achetant des souvenirs, les 60 peintures et 25 statuettes à l’intérieur, ainsi que les 77 sculptures monumentales dans le jardin du musée ne représentent qu’une illustration de propagande pure et dure, entretenue par le régime qui a perduré pendant 45 ans avant sa chute en 1989.

« Je me rappelle de ce Lénine du temps où il s’érigeait en centre-ville. Mais, sur son piédestal, il paraissait même plus grand, plus imposant », s’exclame un retraité de 79 ans, Metodi Stoïanov, devant la statue du père de l’Union soviétique.

A l’entrée du musée, les visiteurs peuvent voir une étoile pourpre en verre et acier qui avait dominé « la Maison du Parti communiste » dans le centre de Sofia et dont le retrait en 1990 a symbolisé la fin irréversible du régime.

La plupart des oeuvres impressionnent par leurs dimensions — sculptures grandeur nature du premier dirigeant communiste bulgare Gueorgui Dimitrov, des têtes gigantesques en bronze de Lénine, nombre de têtes et bustes plus petits du dernier dictateur bulgare, Todor Jivkov, resté 35 ans au pouvoir.

Par contre, le dictateur soviétique Staline, mort en 1953, n’est que modestement représenté par un buste dans la cafétéria du musée et sur une banderole vantant « l’aide inappréciable du camarade Staline et de l’URSS pour l’édification du socialisme ».

« Les peintures sont dévalorisées par leurs dimensions. C’est déprimant… Mais tel était leur objectif », commente une interprète de 58 ans préférant rester anonyme, devant une peinture d’une grandeur exagérée d’un « partisan », membre de la résistance antifasciste.

D’autres oeuvres provoquent des sourires par l’absurdité de leur sujet: un tableau montrant un moissonneur, faucille à la main, portant trois médailles sur sa chemise d’un blanc immaculé, ou un mineur mobilisant toute son attention sur le contenu du journal du parti, à l’issue de sa journée de travail.

Certaines oeuvres illustrent cependant le talent des meilleurs artistes de l’époque, même s’ils étaient obligés de s’exprimer dans le cadre imposé par la propagande.

« Certains de ces travaux appelés ‘totalitaires’ sont de vrais chefs-d’oeuvre », a déclaré le ministre de la Culture, lui-même sculpteur. Au-delà du culte de la personnalité et des sujets de propagande, on relève « une maîtrise remarquable, des compositions brillantes, d’exquises oeuvres artistiques », a expliqué Vejdi Rachidov.

Par ailleurs, il reste d’énormes monuments communistes qu’on ne peut faire disparaître: tel celui, dans le centre de Sofia, de l’armée soviétique qui a imposé le communisme en Bulgarie en 1944. Des artistes anonymes en ont récemment repeint les sculptures pour en faire des personnages du cinéma moderne.

Cette transformation a provoqué les protestations de l’ambassade de Russie, qui y voit un hommage à la lutte contre le fascisme plus qu’au communisme, et le monument a vite retrouvé son aspect grisâtre.

© 2011 AFP

 

source: TV5 Monde, information, culture et art de vivre [en ligne]http://www.tv5.org/cms/chaine-francophone/info/p-1911-Bulgarie-l-art-des-temps-communistes-sorti-de-la-poussiere.htm?&rub=10&xml=newsmlmmd.f8d11bb966fa89adcb34bf65371ebe1a.651.xml# (page consultée le 21/09/2011)

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septembre 22, 2011   No Comments

Article « TV5 Monde »: Un premier musée de l’art de l’époque communiste ouvert à Sofia

SOFIA (AFP) – 19.09.2011 13:46

Le premier musée bulgare exposant les pièces d’art les plus typiques de l’époque communiste, produites à des fins de propagande, a été ouvert lundi à Sofia, 22 ans après la chute du régime

 

Des visiteurs devant un portrait de Vladimir Lénine au café du musée de l’art socialiste le 19 septembre 2011 à Sofia - AFP - Nikolay Doychinov

 

Le premier musée bulgare exposant les pièces d’art les plus typiques de l’époque communiste, produites à des fins de propagande, a été ouvert lundi à Sofia, 22 ans après la chute du régime.

Le musée de l’art socialiste présente 77 sculptures monumentales, 60 peintures et 25 petites pièces d’arts plastiques créées entre 1945 et 1989 par les artistes en vogue à l’époque.

Soulignant le culte de la personnalité et suivant la propagande communiste, la collection abonde en statues, bustes, têtes et portraits de Lénine, le fondateur de l’Union soviétique, du premier dirigeant communiste bulgare Gueorgui Dimitrov et du dernier dictateur Todor Jivkov, qui a passé 35 ans à la tête du parti communiste et de l’Etat bulgares.

Une statue de Lénine au musée de l’art socialiste à Sofia le 19 septembre 2011- AFP - Nikolay Doychinov

D’autres oeuvres glorifient le travail de la classe ouvrière et des paysans dont l’exemple devait inspirer toute la population, ainsi que les exploits des « partisans », les participants à la résistance antifasciste pendant la Seconde guerre mondiale.

« Il était grand temps de placer cette époque à sa place – dans un musée », a déclaré le ministre de la Culture, Vejdi Rachidov.

Cette collection est le résultat d’un travail de fourmi : « On a fouillé ville par ville, dépôt par dépôt, grenier par grenier pour essayer de sauver tout ce qui n’avait pas été détruit ou fondu », a déclaré le ministre qui espère que la collection s’agrandira au fil des années.

D’innombrables sculptures et peintures, des étoiles rouges, la faucille et le marteau croisés, symbole de l’union entre la classe ouvrière et les paysans, ont trôné sur les places et dans les bâtiments publics pendant les 45 ans du régime communiste. La grande majorité d’entre eux ont été retirés après le limogeage de Todor Jivkov le 10 novembre 1989, au lendemain de la chute du Mur de Berlin.

Leur exposition doit devenir « une des plus grandes attractions touristiques de Sofia, tant pour les étrangers que pour les Bulgares qui n’ont pas vécu le communisme », a estimé le ministre des Finances, Simeon Djankov.

« Il y a des oeuvres de maître réalisées par les meilleurs artistes de l’époque », a noté le ministre de la Culture pour souligner l’intérêt également artistique de la collection.

 

© 2011 AFP

 

source: TV5 Monde, information, culture et art de vivre [enligne]http://www.tv5.org/cms/chaine-francophone/info/p-1911-Un-premier-musee-de-l-art-de-l-epoque-communiste-ouvert-a-Sofia.htm?&rub=10&xml=newsmlmmd.72cdc96f1b7bb0489aeddaa63be2dee4.51.xml#( page consultée le 20/09/2011)

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septembre 20, 2011   No Comments

Article « Courrier International »: Un colosse impossible à abattre

04.07.2011 | Alan Cowell | The New York Times

Les Allemands se demandent que faire d’un gigantesque bloc de béton planté au bord d’une belle plage de la Baltique. Lancé par Hitler, terminé par le régime communiste de l’Allemagne, c’est un souvenir bien encombrant, note le New York Times.

 

Allemagne : Le colosse de Prora, un symbole du IIIe Reich © DR

 

Trois ans avant le début de la Seconde Guerre mondiale, les lieutenants d’Adolf Hitler avaient lancé la construction, à Prora, sur l’île de Rügen, dans la Baltique, d’un énorme complexe de vacances destiné à récompenser les masses laborieuses du IIIe Reich. L’ensemble se composait de huit bâtiments identiques de cinq étages en béton armé, dotés de 10 000 chambres avec vue sur la mer, au bord d’une magnifique plage de sable de cinq kilomètres de long. De cet ouvrage désigné comme le “colosse de Prora”, il ne reste plus aujourd’hui que cinq bâtiments. Et l’Allemagne s’interroge : que faire de cette relique nazie trop grande et trop chargée de symboles pour être détruite mais trop énorme pour être utilisable ? De fait, les symboles sont multiples : par les hasards de l’Histoire, le “colosse “fut d’abord nazi, puis communiste.

 

Après la Seconde Guerre mondiale, l’île s’est retrouvée sur le territoire de la RDA communiste, et les nouveaux maîtres ont repris le complexe pour loger les troupes de l’Armée rouge puis celles de la RDA [République démocratique allemande].
Pour Horst Schaumann, le maire de Binz, une ville voisine qui est un lieu de villégiature depuis la fin du XIXe siècle, les restaurateurs et les hôteliers songent quant à eux moins au passé quand ils réfléchissent à leur colossal voisin. “Il faut que la vie revienne à Prora, précise-t-il. Il faut qu’il y ait des gens qui vivent ici.”

Une auberge de jeunesse de 400 lits, “la plus grande d’Europe”, d’après lui, va donc ouvrir ses portes en juillet dans une partie du bloc n° 5. Des investisseurs allemands ont en outre obtenu l’autorisation de construire 3 000 logements et appartements de vacances dans les blocs n°s 1 et 3, plus au sud, ajoute M. Schaumann.

Si de grandes rénovations commencent vraiment, Prora va peut-être être saisie par le tourisme de masse que Hitler cherchait à créer, en moins spectaculaire toutefois. Cette éventualité met mal à l’aise ceux qui souhaitent entretenir la flamme du souvenir – parfois avec des priorités différentes.

“Nous pensons que ce site est un monument très important de l’histoire du IIIe Reich”, déclare Jürgen Rostock, qui dirige une exposition dans le bloc n° 4. “Il explique pourquoi les Allemands ont été séduits par le IIIe Reich. C’était un cadeau [au peuple].” Et aussi quelque chose de plus sinistre, ajoute-t-il. “Ce projet visait à conditionner les gens à faire la guerre.” Hitler était obsédé par la guerre et la domination, “et voulait que son peuple soit fort.”

Par ses dimensions, Prora fait jeu égal, en matière de legs embarrassant, avec le stade de Nuremberg où le parti nazi tenait ses meetings.

 

Clemens Klotz, photo: Hugo Erfurth. (Galerie Berinson, Berlin / Ubu Gallery, New York)

Hitler lui-même a été pris en photo avec Clemens Klotz, l’architecte qui a dessiné le site. Toutefois, le projet n’a jamais été à la hauteur du grandiose rêve nazi. La guerre a éclaté en 1939 et les travaux se sont arrêtés. Le complexe se dressait le long de la côte telle une phalange grise, ses bâtiments couverts d’un toit mais dépourvus de fenêtres et d’autres finitions. Il est resté dans cet état jusqu’à la partition de l’Allemagne en 1949 [en deux blocs antagonistes]. Ce sont les nouveaux maîtres communistes qui l’ont achevé et utilisé. Cette chronologie sous-tend le conflit entre ceux qui, comme M. Rostock, considèrent que Prora parle essentiellement du IIIe Reich et ceux qui jugent que, puisque les nazis ne s’en sont jamais servi, “Prora parle avant tout de l’Allemagne de l’Est.”

Si l’époque nazie paraît bien lointaine aux Allemands nés après la guerre, les baby-boomers de l’ancienne Allemagne de l’Est, qui ont grandi sous le régime communiste, n’aiment pas les comparaisons avec l’Allemagne nazie.

Parmi les dizaines de milliers d’Allemands qui se rendent sur le site chaque année, certains posent une question fondamentale : pourquoi ne pas le démolir, tout simplement ? Ingrid et Klaus Berlin, qui font le tour à vélo du bloc n° 1 délabré, ne sont pas d’accord sur la réponse.

C’est en voyant le complexe, que M. Berlin, 56 ans, a pris conscience avec fascination qu’un “homme peut manipuler les gens à ce point”. Mme Berlin, 55 ans, voit les choses différemment. “Pourquoi un si beau paysage reste-t-il défiguré par cet affligeant spectacle ?”

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La construction du complexe en 1937

HISTOIRE Le colosse de Prora.

Le colosse de Prora encombre l’Allemagne depuis des années. Comme l’indique The New York Times, il évoque des souvenirs à la fois douloureux et ambigus liés à l’Histoire, alors même que d’anciens ouvriers qui ont travaillé sur les bâtiments ont, aujourd’hui encore, leur ouvrage sous les yeux. Après la partition de l’Allemagne, le régime communiste de la RDA a permis aux citoyens de se déclarer en tant qu’objecteurs de conscience. En contrepartie, ces pacifistes étaient envoyés en service civique sur le chantier de construction de Prora.

Malgré ou à cause des controverses à son sujet, le colosse attire chaque année quelque 500 000 visiteurs. Un grand centre de documentation y est installé, qui retrace l’histoire du bâtiment et présente des expositions.

 

source: Courrier International, culture [en ligne]http://www.courrierinternational.com/article/2011/07/04/un-colosse-impossible-a-abattre (page consultée le 12/09/2011)

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septembre 13, 2011   No Comments

Article « Courrier International »: Sur les pas du dictateur Ceausescu

22.08.2011 | Sabina Fati | Romania Libera

De nombreux Roumains ont la nostalgie de l’époque communiste. Le circuit touristique Ceausescu se propose d’emmener les visiteurs sur les traces du dictateur déchu. Pour România Libera, il s’agit là de pur cynisme.

Le couple Ceauşescu est enterré au cimetière Ghencea, à Bucarest. © AFP

Dans un pays où les blessures du régime communiste ne se sont pas encore cicatrisées, où vivent encore des gens qui ont fait de la prison à cause de leurs convictions politiques, qui ont subi des humiliations innommables et des assignations forcées à résidence, [la ministre du Tourisme] Elena Udrea lance avec le sourire le nouvel itinéraire touristique : « Sur les traces de la famille Ceauşescu ». Au programme, une visite dans le village natal du dictateur, Scornicesti, la prison Doftana [où le jeune Ceausescu a été incarcéré deux ans], le balcon du Comité central du Parti communiste roumain [où Ceaucescu a pris la mesure de sa défaite en décembre 1989], et finalement l’unité militaire de la ville de Târgoviste, où il a été fusillé avec sa femme. Pour cette ministre, le communisme fait partie d’une histoire qui peut être commercialisée, bien que le circuit Ceauşescu représente un itinéraire de propagande imité du modèle inauguré par Mao, repris ultérieurement avec passion par Kim Il-sung [premier dirigeant de la Corée du Nord] ainsi que par les Russes qui regrettent encore Staline.

Cet hommage au couple Ceauşescu n’est pas initié par une quelconque agence de voyages obscure et extravagante, mais directement par des représentants du gouvernement roumain, qui ont oublié que leur protecteur, le président Traian Băsescu, avait officiellement condamné le communisme dans un rapport qu’Elena Udrea n’a probablement eu ni le temps ni la curiosité de parcourir. La ministre du Tourisme a tout simplement suivi la tendance générale : selon un sondage, 50 % des Roumains affirment avoir mieux vécu du temps de la dictature de Ceauşescu et près de 40 % estiment que l’établissement du communisme en Roumanie à la fin de la Seconde Guerre mondiale a été une bonne chose. Les députés du PDL (Parti démocrate libéral, au gouvernement) sont représentatifs de ces 60 % de Roumains qui trouvent que le communisme est une bonne idée, car ils se sont opposés davantage que le PSD (Parti social-démocrate, dans l’opposition) à la loi bannissant les symboles communistes.

Cette idée du circuit Ceauşescu pourrait être utile d’un point de vue électoral (il y aura des élections législatives en 2012) si le PDL veut changer d’électorat ou d’orientation ou bien s’il veut se liguer avec Corneliu Vadim Tudor (président du Parti de la Grande Roumanie), le seul politicien roumain, hormis désormais Elena Udrea, qui assume sans complexes son amour du défunt dictateur. Les tyrans continuent de séduire et d’enchanter même après leur mort, mais normalement les gouvernements démocratiques se doivent d’éviter d’entrer dans cette spirale de la fascination posthume. L’objectif mercantile de la « Route rouge » mise au point par la protégée du président n’excuse pas le cynisme et la propagande implicite de cette utilisation frivole de la biographie des Ceauşescu.

Les tentatives de récupération du lustre des dictatures prolifèrent aussi dans d’autres pays. Elles sont néanmoins l’œuvre soit de publications d’extrême gauche – le journal allemand Junge Welt a publié en une le samedi 13 août : « 13 bonnes choses sur le mur de Berlin« , parmi lesquelles on peut distinguer l’éducation pour tous, le chômage inexistant et la vigueur du taux de natalité –, soit d’entrepreneurs privés, comme en Serbie, où plusieurs agences de voyages exploitent la « yougonostalgie » en offrant des paquets touristiques intitulés : « Aux côtés du maréchal Tito », qui incluent des voyages dans le célèbre « Train bleu », composé de quatre wagons-lits, deux wagons-restaurants et trois salons, avec lequel Tito parcourait le pays et qui a été également utilisé comme transport pour ses funérailles.

Ceci dit, Tito fait partie de la courte liste des bienheureux dictateurs qui moururent dans leur lit et qui ont le double mérite d’avoir combattu et Hitler et Staline. Staline et Franco sont aussi morts de leur belle mort, mais il serait difficile d’imaginer qu’un ministre à Madrid se mette dans l’idée de bricoler un itinéraire touristique du style : « Sur les traces de Franco ». Un gouvernement responsable ne peut se pavaner en brandissant la pancarte d’un dictateur comme Ceauşescu, et ce quel que soit le pactole susceptible d’affluer dans les coffres de l’Etat à la suite de sa vente aux touristes occidentaux en quête de curiosité malsaine ou aux autochtones qui se languissent du système communiste.

 

source: courrier internationale, europe, [en ligne]http://www.courrierinternational.com/article/2011/08/22/sur-les-pas-du-dictateur-ceausescu (page consultée le 12/09/2011)

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septembre 13, 2011   No Comments

Article « TV5 Monde »: Une montagne bavaroise à l’ombre d’Adolf Hitler

BERCHTESGADEN (Allemagne) (AFP) – 12.09.2011 09:06

Soixante-six ans après sa mort, Adolf Hitler hante toujours une montagne bavaroise où les Allemands ne savent que faire des vestiges de sa maison; et certains n’en veulent ni comme curiosité touristique, ni comme mémorial.

Le Kehlsteinhaus, Nid d’Aigle , chalet construit par les Nazis et offert à Hitler pour son 50e anniversaire. AFP/Dokumentation Obersalzberg -

Soixante-six ans après sa mort, Adolf Hitler hante toujours une montagne bavaroise où les Allemands ne savent que faire des vestiges de sa maison; et certains n’en veulent ni comme curiosité touristique, ni comme mémorial.

Bombardée, dynamitée, déblayée à la pelleteuse, il ne reste pourtant pas grand chose du « Berghof », résidence favorite du Führer dans les Alpes bavaroises, qu’il fréquenta assidûment pendant plus de dix ans avant sa mort dans un bunker berlinois en 1945.

Les autorités se gardent bien d’en indiquer le chemin, et ce n’est qu’une fois sur place qu’on découvre, au détour d’une piste rocailleuse au milieu des sapins, un restant de mur gris engoncé dans la montagne, accompagné d’un panneau explicatif.

C’est le seul vestige d’une maison qu’on connaît surtout au travers de films amateurs, tournés sur la terrasse et qui montraient un Hitler souriant, accompagné de son amie Eva Braun, sur fond de paysage idyllique.

Situé à mi-hauteur de l’Oberzalsberg, montagne qui domine la petite ville de Berchtesgaden, à la frontière germano-autrichienne, l’endroit fut un lieu de villégiature pour GI’s avant le départ des Américains en 1995.

« Quand les Américains étaient là, on n’avait pas de problèmes, » affirme Ingrid Scharfenberg, 80 ans, qui dirige depuis la fin de la guerre la petite pension « Zum Türken » tout à côté du Berghof, et qui, aujourd’hui, s’accommode mal de la notoriété du voisinage.

« Les gens disent qu’ici c’est la montagne brune (Nazie) et que tout le monde à Berchtesgaden est nazi. Mais vous ne pouvez pas en vouloir à dix générations simplement parce que (Hitler) a vécu ici », lance-t-elle .

Centre de Documentation d’Obersalzberg qui présente une exposition sur Hitler et la dictature nazie. AFP/Dokumentation Obersalzberg

« Il n’y a pas de pèlerinages néo-nazis ici », assure pour sa part le directeur de l’office de tourisme Michael Griesser. »Les néo-nazis sont rares », affirme Axel Drecoll, 36 ans, l’historien responsable du Centre de Documentation d’Obersalzberg qui présente une exposition sur Hitler et la dictature nazie.

Il arrive qu’au Berghof « un petit nombre de personnes déposent en cachette des bougies et des fleurs à l’occasion de l’anniversaire, ou des gerbes pour commémorer la mort » du dictateur, ajoute-t-il. Mais celles-ci sont immédiatement ramassées et jetées par le gardien du Centre tout proche.

Si le chemin vers le Berghof demeure quasi confidentiel, il n’en est pas de même pour la route qui mène au « Nid d’Aigle », chalet construit par les Nazis sur le pic d’une montagne voisine et offert à Hitler pour son 50e anniversaire.

Par dizaines de milliers les touristes empruntent une route vertigineuse pour aller y boire une bière et admirer un paysage spectaculaire.

Pour certains, l’aura du dictateur empoisonne moins le Nid d’Aigle que le Berghof car Hitler, qui avait le vertige, y venait peu.

Afin d’éviter toute curiosité malsaine, l’Etat de Bavière a retiré du Nid d’Aigle, par hélicoptère, les quelques meubles d’époque qui s’y trouvaient encore.

Nombre d’historiens, dont Egon Johannes Greipl, chef de l’Office bavarois des monuments historiques, voudraient voir classés tous les sites nazis de la région.

« Il ne viendrait à l’idée de personne de démolir les ruines d’Olympie (Grèce) sous prétexte que tout est mieux présenté dans un Centre de documentation », affirme M. Greipl. « Il s’agit de témoignages originaux de l’Histoire » qui concernent « une période cruciale du fait des crimes nazis ».

M. Greipl juge incohérent que la Bavière ait inclus, secrètement, pendant des décennies ces endroits sur une liste de sites protégés avant de décider « pour raisons politiques » de les rayer de la carte.

« Attribuer un statut culturel particulier au Berghof » et autres ruines nazies, dont 12 kilomètres de bunkers et de tunnels sous la montagne, « servirait uniquement à encourager la mise en place d’une sorte de sentier de randonnée du national-socialisme », rétorque Walter Schön, responsable local du patrimoine et numéro deux au ministère bavarois de la Justice.

Charlotte Knobloch, responsable de la communauté juive de Munich, rejette également toute idée de classement.

« De toute façon il ne reste rien » du Berghof et il faut éviter d’en faire un but de pèlerinage néo-nazi, selon elle.

M. Drecoll, pour sa part, craint moins d’attirer des groupes d’extrême droite que de voir les sites se dévoyer en « Disneyland du nazisme » hors du contexte historique.

« Bien sûr il faut satisfaire la curiosité des touristes, mais sans tomber dans le sensationnalisme », dit-il. La vraie difficulté est d’éviter que « la recherche historique ne cède le pas au kitsch commercial ».

© 2011 AFP

 

Source: Tv5 Monde, information, culture et art de vivre [en ligne]http://www.tv5.org/cms/chaine-francophone/info/p-1911-Une-montagne-bavaroise-a-l-ombre-d-Adolf-Hitler.htm?&rub=10&xml=newsmlmmd.e238bc48ae4be2f625425260a3b1f342.8f1.xml#(page consultée le 12/09/2011)

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septembre 12, 2011   No Comments